
« S. aux boules », 2000. Affiche 120 x 180 cm. © Michel François.
All is done, je vais être prise en charge au Relais. Suivie par une psychologue pour l'instant, psychiatres et enseignants dans les semaines à venir. Je resterai là-bas le temps de 30 entretiens. Au delà, on parlera psychiatres et/ou hospitalisation. Je vais découvrir ma nouvelle psy lundi midi, j'espère qu'elle sera dure. Après tout, si je daigne poser mon gros cul 1h/semaine sur le bords de leurs fauteuils, est-ce pour trouver de la pitié ? Non, non et non. J'en ai déjà bien assez lu dans le regard des autres, de la pitié. Je ne veux plus qu'on me ménage. Je ne veux pas pourrir d'avoir été trop préservée. J'ose prétendre à ma qualité d'être humain normatif, est-ce beaucoup demander ? J'ai accepté beaucoup de choses à cause de l'anorexie, de la boulimie, de la dépression. J'aurais pu aller plus loin si je n'avais pas été malade !
A 8ans, je disais aux grandes personnes que «Moi, plus tard j'habiterai dans un phare et j'écrirai des livres». A 10ans, je parlais aux arbres. Mais à 15ans, j'avais la tête dans la cuvette. J'ai trop survécu pour vivre les pieds sur Terre.

Cette image, c'est la maladie photographiée. Ou du moins, la seule représentation sensible la plus exacte que j'ai su m'en faire. Bébés sages, jeunes filles bien rangées, adolescentes dociles. Anorexiques-boulimiques que nous sommes -perfection oblige- avons grandi dans les règles de l'art. Et puis, nous sommes tombées malades. De médecins en psychiatres, d'infirmières en nutritionnistes, la maladie silencieusement s'est emparée de nos têtes, de nos corps, de nos mains. Mais que crier, où aller, à qui dire que nous sommes prises au piège dans les griffes de cette assassine méduse qu'est l'anorexie-boulimie ? Que dire ? Quoi écrire ? Nous sommes condamnées comme un grand-père de 86ans à qui on annoncerait qu'il allait mourir demain. Souvenez vous des mots de Simon & Garfunkel «Silence like a cancer grows» ! Nous les êtres hybrides, nous les enfants/grand-mères, nous ne saurons vivre autrement que ces hommes usés par ces années à la guerre. Nous avons vu l'horreur humaine et tutoyé la mort. C'est au pas de course que nous avons grandies, arrachées à l'enfance par les coups, par les larmes et surtout par un putain de silence. Oserez-vous encore croire que cette perfusion ne représente que le troisième âge ? Oserez-vous encore vous taire ? C'était nous contre le monde, et ça quoi qu'il arrive.
Cette chanson, c'est notre cicatrice.
Il suffirait de presque rien
Peut-être dix années de moins
Pour que je te dise je t'aime
Que je te prenne par la main
Pour t'amener à Saint-Germain
T'offrir un autre café crème
Mais pourquoi faire du cinéma
Fillette allons regarde moi
Et vois les rides qui nous séparent
À quoi bon joué la comédie
Du vieil amant qui rajeunit
Toi-même ferais semblant d'y croire
Vraiment de quoi aurions-nous l'air
J'entends déjà les commentaires
Elle est jolie
Comment peut-il encore lui plaire
Elle au printemps, lui en hiver
Il suffirait de presque rien
Pourtant personne tu le sais bien
Ne repasse par sa jeunesse
Ne sois pas stupide et comprends
Si j'avais comme toi 20 ans
Je te couvrirais de promesses
Allons bon voilà ton sourire
Qui tourne à l'eau et qui chavire
Je ne veux pas que tu sois triste
Imagine ta vie demain tout à côté d'un clown
En train de faire son dernier tour de piste
Vraiment de quoi aurais-tu l'air
J'entends déjà les commentaires
Elle est jolie
Comment peut-il encore lui plaire
Elle au printemps, lui en hiver
C'est un autre que moi demain
Qui t'amènera à Saint-Germain
Prendre le premier café crème
Il suffisait de presque rien
Peut-être dix années de moins
Pour que je te dise je t'aime.
Peut-être dix années de moins
Pour que je te dise je t'aime
Que je te prenne par la main
Pour t'amener à Saint-Germain
T'offrir un autre café crème
Mais pourquoi faire du cinéma
Fillette allons regarde moi
Et vois les rides qui nous séparent
À quoi bon joué la comédie
Du vieil amant qui rajeunit
Toi-même ferais semblant d'y croire
Vraiment de quoi aurions-nous l'air
J'entends déjà les commentaires
Elle est jolie
Comment peut-il encore lui plaire
Elle au printemps, lui en hiver
Il suffirait de presque rien
Pourtant personne tu le sais bien
Ne repasse par sa jeunesse
Ne sois pas stupide et comprends
Si j'avais comme toi 20 ans
Je te couvrirais de promesses
Allons bon voilà ton sourire
Qui tourne à l'eau et qui chavire
Je ne veux pas que tu sois triste
Imagine ta vie demain tout à côté d'un clown
En train de faire son dernier tour de piste
Vraiment de quoi aurais-tu l'air
J'entends déjà les commentaires
Elle est jolie
Comment peut-il encore lui plaire
Elle au printemps, lui en hiver
C'est un autre que moi demain
Qui t'amènera à Saint-Germain
Prendre le premier café crème
Il suffisait de presque rien
Peut-être dix années de moins
Pour que je te dise je t'aime.


